La biographie officielle de Gunnar Sonsteby, héros national norvégien, ne mentionne jamais ses différends avec certains membres de la résistance. Les archives de la Seconde Guerre mondiale révèlent des aspects de ses opérations qui restent absents de la plupart des adaptations filmiques.
Netflix s’appuie sur une base solide de faits historiques, mais contourne certaines zones d’ombre volontairement laissées hors champ. Cette sélection influe sur la perception du personnage et sur la portée des événements mis en scène.
Numéro 24 sur Netflix : entre récit historique et drame personnel
Le 1er janvier 2025, Numéro 24 débarque sur Netflix et grimpe en tête du palmarès mondial : 8,8 millions de spectateurs en sept jours, une pluie de critiques élogieuses, et une note qui flirte avec la perfection sur Rotten Tomatoes. Derrière la caméra, John Andreas Andersen orchestre ce drame historique inspiré de la vie de Gunnar Sønsteby, héros discret mais central de la résistance norvégienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Aux côtés de Sjur Vatne Brean et Erik Hivju, qui incarnent Gunnar à deux âges de la vie, le film joue sur les ruptures temporelles : passé brûlant, présent hanté.
La trajectoire du Oslo Gang, groupe d’élite lancé dans le sabotage contre l’occupant nazi, défie la simplicité. Pas de manichéisme ici : les séquences d’action sont traversées par la tension, la peur, la nécessité de choisir quand aucune option n’est vraiment juste. Gudrun Collett, sous les traits de Lisa Loven Kongsli, incarne la force discrète des femmes qui agissent loin des projecteurs, tandis que Siegfried Fehmer (August Wittgenstein), officier de la Gestapo, matérialise la brutalité de l’occupation.
Le film ne se contente pas de retracer l’épopée d’une génération : il s’attarde sur l’intime, sur ce qui reste lorsque les drapeaux sont rangés. Le vieil homme, rongé par le doute, dialogue avec les élans du jeune résistant. Derrière la figure mythique, on devine les blessures, les regrets, la mémoire qui ne laisse aucun répit. À l’image, John Christian Rosenlund cisèle une lumière à la fois froide et vibrante. La partition de Gaute Storaas accompagne ce face-à-face entre grandeur collective et déchirures personnelles.
Ce que le film tait sur Gunnar Sonsteby : zones d’ombre, libertés prises et réactions du public
Derrière la figure du Numéro 24, le scénario de Netflix laisse volontairement de côté certains pans du parcours de Gunnar Sønsteby. Né à Rjukan en 1918, ce meneur du Oslo Gang a orchestré des sabotages d’infrastructures et infiltré les réseaux de la police collaborationniste. Pourtant, le film évacue plusieurs éléments-clés : sa formation intensive de saboteur au Royaume-Uni en 1943, son passage par les rangs du SOE britannique, réseaux qui ont forgé sa réputation auprès des alliés et renforcé son efficacité dans l’ombre.
Plusieurs épisodes sensibles restent silencieux à l’écran. Parmi eux, l’affaire Erling Solheim : une décision lourde de conséquences prise par Sønsteby, dont la famille gardera la trace. L’absence de cette scène au cinéma contraste avec la réalité, où des excuses publiques seront présentées à la descendance de Solheim plusieurs décennies après la guerre. Ce choix scénaristique effleure à peine la complexité morale du personnage, pris entre fidélité au groupe, impératifs de la lutte et tourments intérieurs.
Pour illustrer la réception du film, voici quelques tendances repérées dans les retours des spectateurs sur différentes plateformes :
- Sur Reddit, les discussions révèlent un mélange d’admiration et de scepticisme : beaucoup saluent la force émotionnelle, d’autres regrettent des raccourcis historiques.
- Plusieurs forums spécialisés relèvent des écarts avec la chronologie réelle et pointent la quasi-disparition de la vie de Sønsteby après 1945.
Il faut rappeler que Gunnar Sønsteby n’a pas cessé d’agir une fois la guerre terminée. Devenu citoyen norvégien le plus décoré, il part étudier à Harvard, puis s’impose comme entrepreneur, conférencier, passeur de mémoire. Autant de dimensions laissées en retrait dans le film, qui préfère l’urgence du sabotage à la lenteur de la reconstruction.
Entre silences et choix narratifs, le cinéma façonne une mémoire sélective. Mais, derrière l’écran, la vie de Gunnar Sonsteby continue de bousculer l’image du héros sans faille. La réalité, elle, ne s’écrit jamais en toute simplicité.


