Après des années d’attente, Canon (et Nikon) ont fini par s’aligner sur le marché des hybrides plein format. Canon a confirmé son engagement tardif avec un deuxième boîtier dans la gamme R. Après l’EOS R, dévoilé à la Photokina de septembre, voici désormais l’EOS RP sur les étagères. Le « P » de « Popular » traduit une volonté d’élargir la cible, en visant aussi ceux qui ne veulent pas sacrifier toutes leurs économies. Ce qui distingue vraiment les deux modèles, à qui ils s’adressent et comment ils se positionnent techniquement, c’est tout l’enjeu de ce comparatif.
Disons-le sans détour : l’EOS RP offre un rapport qualité/prix qui n’a pas grand-chose à envier à son grand frère l’EOS R, qui coûte environ 1000 francs suisses de plus. Pour beaucoup de passionnés sérieux, cet écart financier ne sera pas forcément un obstacle décisif… mais il ne passe pas non plus inaperçu.
Un millier de francs en moins. Faut-il voir dans l’EOS RP l’entrée de gamme typique ? « Je ne dirais pas ça, » tranche Jaqueline Hari, directrice des ventes chez Photo Vision Zumstein AG à Berne. « Mais pour de nombreux clients, la différence de prix joue déjà un rôle majeur. Si vous venez du reflex, le viseur électronique de l’EOS R reste supérieur, car celui de l’EOS RP affiche une résolution bien moindre. L’EOS R propose aussi plus de fonctionnalités, comme la Touch Bar. Si vous aimez les commandes dernières générations, l’EOS R vous conviendra. » Elle poursuit : « Pour son coût, l’EOS RP propose déjà une belle dotation technique et de nombreuses possibilités créatives. C’est le bon choix pour un débutant qui souhaite passer directement au plein format. »
Extérieurement
Les deux boîtiers reprennent l’esthétique Canon. Difficile de ne pas remarquer : l’EOS RP se révèle nettement plus petit et compact que l’EOS R, avec environ 28% de volume en moins. Sur la balance, cela se traduit par 485 grammes contre 660 grammes pour l’EOS R, soit 26% de moins. Un détail qui compte dans le sac photo, mais qui ne change pas tout à l’usage.
Le dessus de l’EOS RP a été repensé, notamment la charnière du moniteur, ce qui lui donne une forme nouvelle mais se paie par une résolution de viseur plus faible. Le moniteur de l’EOS RP affiche 2,36 millions de pixels, celui de l’EOS R grimpe à 3,69 mégapixels, tous deux en OLED.
Certes, le boîtier plus petit de l’EOS RP est pratique dans un sac, mais en main, cela se discute. Les utilisateurs européens aux mains moyennes tiendront sans doute mieux l’EOS R et sa poignée plus large, tandis que le format RP séduira davantage au Japon. Pour compenser, Canon a développé la poignée d’extension EG-E1, qui permet au petit doigt de trouver sa place. Astucieux, mais vendu séparément.
La plus grande différence, côté ergonomie, réside dans les commandes. L’EOS R s’appuie sur un affichage de fonctions éclairé au sommet, misant sur un pilotage plus électronique via menus, alors que l’EOS RP fait le choix d’une molette plus traditionnelle. À chacun sa préférence, mais la roue de sélection permet un accès direct appréciable. Les deux boîtiers proposent aussi deux molettes de commande, à l’avant et à l’arrière, bien placées pour l’ergonomie, et un bouton AF facilement accessible. C’est standard aujourd’hui : chaque utilisateur peut personnaliser ses raccourcis à l’envi.
Le déclencheur vidéo est intégré de façon ergonomique sur les deux modèles, avec un accent particulier sur l’EOS R. Tous deux disposent aussi d’un bouton ou levier de verrouillage pour éviter tout déréglage involontaire. L’interrupteur principal à gauche surprend, Canon a vu large à cet endroit.
L’écran orientable, hérité des reflex EOS, se replie totalement pour protéger la dalle et facilite selfies comme cadrages extrêmes. Celui de l’EOS RP reste un peu plus petit (3,0″ contre 3,2″) et moins défini (1,04 mégapixels contre 2,1), mais reste tactile, ce qui simplifie la navigation dans les photos et certains réglages.
Canon a cherché à optimiser la place jusqu’au logement carte mémoire. Sur l’EOS RP, il se trouve dans le compartiment batterie, alors que l’EOS R propose un emplacement latéral, mais pour une seule carte seulement. Un second slot, idéalement compatible XQD, aurait été bienvenu. Les deux utilisent les cartes SD/SDHC/SDXC UHS II.
Côté connectique, rien à signaler : HDMI mini, prises micro et casque 3,5 mm, port de télécommande E3, USB-C (3.1 pour l’EOS R, 2.0 sur l’EOS RP) utilisable aussi pour la recharge batterie. En revanche, la batterie LP-E17 plus petite de l’EOS RP ne tient que 250 photos environ (norme CIPA), contre 370 pour la LP-E6N de l’EOS R.
Pour ceux qui veulent photographier longtemps sans se soucier de la recharge, l’EOS R propose la poignée BG-E22, permettant d’ajouter une deuxième batterie et proposant la prise de vue verticale. La recharge de deux accus via USB est possible. L’EOS RP ne dispose pas de poignée batterie, mais l’extension EG-E1 rehausse la prise d’un centimètre et permet de changer batterie et carte mémoire sans la retirer.
L’EOS R se distingue avec sa Touch Bar, une barre tactile placée entre repose-pouce et viseur, à laquelle on peut assigner diverses fonctions (ISO, AF, balance des blancs, etc.). Cette nouveauté a suscité autant d’enthousiasme que de scepticisme à son lancement. Le risque : l’activer par inadvertance, avec des effets parfois gênants. Au moins, il est possible de la désactiver, et Canon a préféré s’en passer sur l’EOS RP.
À l’intérieur
Jetons un œil sous le capot. La principale différence technique concerne la résolution du capteur. Les deux sont des capteurs plein format 36 x 24 mm déjà éprouvés : celui de l’EOS RP vient de l’EOS 6D Mark II (26,2 mégapixels), celui de l’EOS R du 5D Mark IV (30,1 mégapixels et un soupçon de dynamique en plus).
Les deux modèles embarquent le processeur DIGIC 8, qui gère sans broncher le flux d’images, y compris la vidéo 4K/30p. L’optimisation logicielle de Canon (DLO) corrige également les défauts optiques en temps réel.
Mais, comme évoqué plus haut, la différence la plus palpable reste le viseur. Pour gagner 13 mm en hauteur sur l’EOS RP, Canon a réduit la diagonale et la résolution : 0,39″ et 2,36 MP, contre 0,5″ et 3,69 MP sur l’EOS R. C’est loin d’être anodin à l’usage.
Une innovation remarquée lors de la Photokina : l’obturateur de capteur de l’EOS R se ferme dès qu’on retire l’objectif, empêchant la poussière d’atteindre le capteur. Étonnant qu’aucune marque n’y ait pensé plus tôt. Dommage que l’EOS RP en soit privé, question de coût, sans doute.
L’EOS R propose obturateur mécanique et électronique (pour shooter en silence), alors que l’EOS RP reste sur le mécanique. Attention : le mode silencieux via obturateur électronique peut provoquer l’effet « rolling shutter » sur les sujets en mouvement rapide ou sous certains éclairages LED. L’EOS RP évite cette complexité.
Les deux boîtiers bénéficient de l’autofocus Dual Pixel CMOS, technologie à détection de phase sur capteur, synonyme de rapidité et de fluidité, notamment en vidéo. Cependant, sur l’EOS RP, ce système ne fonctionne qu’en Full HD, pas en 4K. Le champ couvert est de 88% horizontalement et 100% verticalement, avec 5655 points AF sur l’EOS R et 4779 sur l’EOS RP. La vitesse reste proche : 0,05s, l’EOS R ayant peut-être un léger avantage. Particularité sur l’EOS RP : la détection de l’œil avec suivi AF (Servo AF), absente sur l’EOS R mais prévue via mise à jour firmware.
L’EOS R ajoute la fonction RAW double pixel, qui permet via le logiciel Canon Digital Photo Professional des retouches fines sur la netteté ou le bokeh grâce aux données de double capteur.
En conditions de faible luminosité, les deux s’en sortent bien : l’EOS R descend à -6 IL (avec optique f/1.2), l’EOS RP à -5. Les sensibilités de base vont de 100 à 40000 ISO, extensibles de 50 à 102400. Jusqu’à 6400 ISO, la qualité reste solide, au-delà (12800 et plus), les résultats se dégradent vite.
La mesure de lumière est confiée dans les deux cas à 384 capteurs, pour des modes multizone, sélectif, spot, ou pondéré central.
Ces deux EOS ne sont pas taillés pour la vidéo pure, mais ils s’en sortent correctement en Full HD jusqu’à 60 i/s, avec toute la largeur du capteur. En 4K, il faut composer avec un crop : 1,6 pour l’EOS R, 1,8 pour l’EOS RP. L’EOS R filme en 4K/30 i/s, l’EOS RP plafonne à 25 i/s. L’EOS R enregistre en 10 bits 4:2:2, l’EOS RP en 8 bits. Surtout, l’EOS RP perd l’autofocus Dual Pixel en vidéo 4K. Pour qui vise la qualité vidéo, l’EOS R est donc plus indiqué.
Pour la photo sportive, le rythme diffère : l’EOS R atteint 8 images/seconde, l’EOS RP se limite à 5. L’EOS RP, en JPEG basse résolution, peut tenir la rafale jusqu’à remplissage de la carte (50 en RAW), quand l’EOS R doit s’arrêter après 100 JPEG ou 47 RAW à pleine résolution (ou 78 C-RAW). L’obturateur le plus rapide du RP monte à 1/4000s, l’EOS R grimpe à 1/8000s.
Objectifs
À première vue, le boîtier compact peut surprendre. Mais les optiques du système EOS R sont imposantes : à l’exception du 35mm f/1.8 IS Macro STM, toutes les autres (1.2/50mm L, 2.0/28-70mm L, 4.0/24-105mm L) sont lourdes et volumineuses, ce qui relativise l’avantage du format réduit. C’est le prix à payer pour des objectifs adaptés aux hautes résolutions et à la luminosité constante, exigée par le marché et les services marketing. Il manque encore quelques focales fixes compactes pour que l’ensemble tienne dans une petite sacoche…
Sur la stabilisation, Canon n’a pas encore intégré de système IBIS dans le boîtier. Les deux hybrides s’appuient donc sur les optiques stabilisées IS, ce qui rend les objectifs sans stabilisation moins attractifs.
Le choix d’objectifs peut sembler limité, mais Canon a prévu d’élargir la gamme avec six nouvelles références annoncées pour cette année. Pour faciliter la transition, un adaptateur est fourni avec les deux boîtiers, permettant d’utiliser les anciens objectifs EF et EF-S. Un vrai plus pour les fidèles de la marque qui souhaitent passer à l’hybride ou investir dans un second boîtier. Les adaptateurs RF devraient aussi se multiplier, des fabricants tiers s’y intéressent déjà pour ouvrir le système Canon R à d’autres marques.
En pratique
À la lecture de cette avalanche de caractéristiques, l’EOS R prend une longueur d’avance sur bien des points. Mais tout dépend de vos attentes et du budget. Les amateurs de vitesse, de rafale et de vidéo 4K qualitative regarderont du côté de l’EOS R. Ceux qui veulent franchir le cap du plein format sans exploser le budget trouveront dans l’EOS RP une porte d’entrée convaincante.
Un mérite à souligner pour les deux boîtiers : Canon a réussi sa percée sur l’hybride plein format. L’EOS RP brille par son rapport qualité/prix imbattable, tandis que l’EOS R cible des exigences plus pointues. Le passage depuis le reflex se fait sans rupture, la philosophie d’interface maison restant intacte, de quoi rassurer les fidèles de longue date.
À quoi s’attendre pour la suite ? Après l’EOS R puis l’EOS RP, Canon couvre désormais un large spectre. Logiquement, la prochaine étape consistera à proposer un modèle haut de gamme, taillé pour les pros et encore plus résolu. Le marché pousse dans cette direction, la demande aussi.
Urs Tillmanns
Pour en savoir plus, consultez cette page sur l’EOS RP et celle-ci sur l’EOS R.
| Spécifications : Comparaison de Canon EOS RP et EOS R | ||
| Canon EOS RP | Canon EOS R | |
| Type de caméra | Appareil hybride à objectifs interchangeables | |
| Monture d’objectif | Baïonnette RF | |
| Taille du capteur | 36x24mm (plein format) | |
| Résolution | 26,2 MP / 6240 x 4160 px / 5,74 µm | 30,1 MP / 6720 x 4480 px / 5,36 µm |
| Processeur | DIGIC 8 | |
| Viseur, Moniteur | 0,39″ / 2,36 MP / 0,70x | 0,5″ / 3,69 MP / 0,76x |
| Écran orientable | 3,0″ / 1,04 MP | 3,2″ / 2,10 MP |
| Sensibilité ISO | 100-40000, extensible 50-102400 | |
| Sensibilité minimale (f/1.2) | LW -5 | LW -6 |
| Obturateur | Mécanique | Mécanique / Électronique |
| Vitesse d’obturation | 30, 1/4000s, B | 30, 1/8000s, B |
| Synchronisation flash | 1/180s | 1/200s |
| Rafale maximale | 5 i/s (4 i/s avec suivi AF) | 8 i/s (5 i/s avec suivi AF) |
| Correction d’exposition | +/-3 IL par paliers 1/2 ou 1/3 | +/-3 IL par paliers 1/2 ou 1/3 |
| Bracketing | +/-3 IL par paliers 1/2 ou 1/3 | +/-3 IL par paliers 1/2 ou 1/3 |
| Sélecteur de mode | Roue P/S/A/M | Affichage LCD |
| Autofocus | 4779 points AF CMOS Dual Pixel | 5655 points AF CMOS Dual Pixel |
| Détection visage / œil | Oui | Oui (œil via mise à jour) |
| Stabilisation | Via objectifs IS | |
| Vidéo | Full HD / 4K / 25p | Full HD / 4K / 30p |
| Crop vidéo 4K | 1,8x | 1,6x |
| Enregistrement vidéo | 8 bits 4:2:2 C-Log | 10 bits 4:2:2 C-Log / Log1 |
| USB | 2.0 | 3.1 |
| Etanchéité | , | Oui |
| Obturateur capteur | , | Oui |
| Touch Bar | , | Oui |
| Batterie | LP-E17 | LP-E6N |
| Autonomie (CIPA) | 250 vues | 370 vues |
| Cartes mémoire | SD/SDHC/SDXC UHS II | |
| Poignées | Extension EG-E1 | Poignée BG-E22 |
| Dimensions (LxHxP) | 133 x 85 x 70 mm | 136 x 98 x 84 mm |
| Poids | 485 g | 660 g |
| Date de sortie | Février 2019 | Septembre 2018 |
| Prix boîtier/kit | CHF 1549.00 | CHF 2589.00 / 3619.00 |
| Informations données sans garantie |












